Mercredi, 28 Septembre 2011
"Hainsoumis,Hainsolent,Hainsinuation..."
Raymond Hains
du 15 Octobre au 10 Novembre 2009

Le nouveau réalisme pour moi c’est à présent ma nouvelle réalité, la perte de mes chers amis. J’arpente les trottoirs vides et je cherche les visages fantomatiques de mes copains, Arman, César, Pierre Restany, Raymond Hains, Erik Dietman, Roland Topor, François Dufresne et tant d’autres qui sont partis.
Les rues reflètent des vitrines chatoyantes vides de sens et pleines de riens ponctuées par des panneaux « défense d’afficher » qui ne me parlent pas. Les affiches des abris bus sont protégées par des verres incassables et font la promotion de gens que je ne connais pas. Le miroir est devenu une fenêtre fermée sur le passé et mon objectif un peu de temps jusqu’au coin de la rue. J’ai vu passer en un éclair les années 60, 70, 80, 90 et le 21eme siècle est arrivé sans bruit ni même d’étonnement.
Raymond était un ami joyeux et bedonnant à l’ironie mordante et au cœur déchiré. J’ai partagé son goût pour les jeux de langage, le calembour métaphysique, Raymond Roussel et Alfred Jarry, les pochettes d’allumettes dans les bistrots, les ivresses tardives de la rue de Seine et parfois même ses colères sourdes. Avec sa façon poétique de transcender le quotidien et la banalité du réel, il avait une manière à lui de créer sa mythologie personnelle, de réinventer chaque moment, de transformer à sa guise les lieux et les gens. Alourdi par sa bedaine, il marchait lentement en soufflant, pourtant circulait partout, voyait chaque événement tout en restant « le ministre de sa propre culture ».
Le monde est un collage infini et le décollage la volonté de s’approprier des instants de mémoire : La guerre d’Algérie, la France coupée en deux, la révolution de 68, la France encore s’entredéchire, le cinéma, les palissades, les promenades dans la jungle des villes préoccupent ce promeneur solitaire et politique qui crie en silence son indignation. Jamais tribun mais souvent prophète, il ponctue sa déambulation sur le réel d’images et de mots; il enchaîne, des affiches aux palissades, aux délices de Lapalisse (un entremet) au chevalier de la malice. Il brasse des histoires, des détournements, des associations, mélange sa vie avec son art et comme son copain Ben amuse et déconcerte. C’est le privilège des gens très impliqués, très intelligents que de pouvoir ainsi confondre et associer, sans hiérarchie, sans limites, leur vie et leurs réflexions et d’en faire tout un art. Il s’engage de la même manière avec fidélité avec ses amis proches, galeristes et conservateurs, critiques ou artistes : Jacques de la Villeglé, François Dufresne, Lara Vincy, Colette Alendy, Daniel Abadie à qui il consacre son temps et des expositions.
Mais avant tout, ses rencontres sont avec le hasard et ce poète de la rue a laissé toute sa trace invisible mais récurrente dans chaque rue que je traverse C’est pour ces souvenirs et cette tendresse que cette exposition a lieu.